Malalai Joya: une femme afghane

Écrit par Air-Max: Respire! Lundi, 22 Février 2010 20:59

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L’expulsion de cette femme au franc parler illustre le caractère superficiel des revendications faites au nom de l’évolution des femmes

Air-Max: Respire!, 22 fév. 2010

Malalai Joya - Kabul

Malalai Joya, celle qui, parmi les 68 femmes actuellement élues au Parlement afghan, manifeste le plus son franc parler a été suspendue de ses fonctions de députée. Infatigable critique des chefs de tribus et des quelques criminels de guerre au sein du gouvernement Karzai, elle en a été expulsée à la suite à une interview télévisée où elle comparait le parlement à un zoo.

L’expulsion de cette femme au franc parler illustre le caractère superficiel des revendications faites au nom de l’évolution des femmes, depuis l’occupation, et confirmées par les rapports des droits de l’homme sur la persistance de l’inégalité des femmes.

Malalai Joya avait un peu plus de 20 ans quand elle a commencé à faire les manchettes en dénonçant la présence de chefs de tribu et des fondamentalistes au sein du Loya Jirga avant les élections de 2005. La jeune féministe, avec les appuis de la population rurale qu’elle avait recueillis, fut élue au Parlement. Elle y continua son combat contre la présence au sein du Parlement de violeurs des droits de la personne, tels que d’anciens commandants et combattants modjaheddins.

En réaction, on lui lança des bouteilles d’eau, on la conspua, on la traita de prostituée en la menaçant de viol et de mort, au sein même du Parlement ! Forcée d’être accompagnée de gardes armés lors de ses déplacements, elle survécut à plusieurs attentats.

"Le gouvernement américain a débarrassé l’Afghanistan du régime violent et ultra-réactionnaire des talibans mais plutôt que de se fier au peuple afghan, il nous a fait sauter de la marmite aux flammes et a choisi ses alliés parmi les criminels les plus retors et infâmes de l’Alliance du Nord. Une Alliance où grouillent les ennemis jurés de la démocratie et des droits de l’homme et dont les idées sont aussi noires, diaboliques et cruelles que celles des talibans.

Pendant que les médias de l’Occident parlent de démocratie et de la libération de l’Afghanistan, l’Amérique et ses alliés criminalisent notre pays blessé, en font une terre où sévissent les guerres tribales et où le pouvoir appartient aux propriétaires de champs de pavots."

Les Afghans font face à trois ennemis: les taliban, qui se comportent en fascistes de la religion; les seigneurs de la guerre, dont le pouvoir a été renforcé par les Américains après 2001, et les forces étrangères, qui occupent notre pays et tuent des innocents.

Quant au gouvernement du président Hamid Karzaï, qui n'a rien de démocratique, il a reçu des millions de dollars de la communauté internationale. Mais il a trahi ses engagements vis-à-vis des droits de l'homme en incorporant des seigneurs de la guerre parmi ses conseillers, en laissant la corruption gangrener l'Etat et en ne faisant rien pour lutter contre la culture de l'opium.

A présent, il ouvre les bras aux taliban et bientôt au mollah Omar. Si cela continue, tous ceux qui ont détruit l'Afghanistan, des moudjahidin aux taliban, se retrouveront bientôt à la même table avec la complicité bienveillante de la communauté internationale.